terrafutura.

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Petite histoire de l'Humanité à méditer

Habilis courait, courait, d’abord debout puis à quatre pattes, sentant presque le souffle du fauve sur sa chair bientôt lacérée. L’arbre prés de la rivière lui fut salvateur; un répit de courte durée ,car si habilis était un excellent grimpeur, le félin au prix de quelques efforts fut bientôt à plusieurs mètres du sol avançant sur sa proie aussi sûrement que celle ci glissait vers les abîmes, donnant à la rivière qui s’écoulait sous eux des allures de Styx. Soudain l’hominidé sentit son cœur exploser dans sa poitrine, il eut le souffle coupé, la branche sous son poids venait de céder, l’entraînant dans les flots tumultueux. Un nouveau combat venait de s’engager, mais face aux remous qui tentaient de le submerger, aux tourbillons qui le tiraient vers le fond, « l' homme singe » cramponné à son bout de bois tenait bon! Après d’interminables minutes dans les eaux devenues progressivement calmes, l’hominidé harassé et le corps meurtri put s’approcher de la berge ; soutenu par son bâton il s’y hissa avant de s’ effondrer. Cette douce sensation d’herbes fraîches sur son visage lui offrait la clé des portes du pays des songes. Mais le royaume des rêves n’est gardé par aucun cerbère et les grognements qu’il perçu derrière lui étaient bien réels! Poussé par une décharge d’adrénaline l’hominidé se dressa, le fauve était déjà sur lui. Une main pour tenter de tenir à distance le monstre et l’autre tétanisé sur le bois, habilis sentant sa dernière heure arrivée hurlait et se débâtait de toutes ses forces. Puis dans un élan de rage, sa main munit du bâton vint frapper violemment le prédateur. Il s’en suivit un râle écœurant, puis le silence. L'hominidé roula plusieurs fois sur le coté avant de se relever maladroit et désorienté. A quelques mètres de lui au travers de ses yeux teintés d’hémoglobine l’image devint plus nette . Le félin était là, allongé et inerte, la pointe du bâton fichée dans son flanc. Les yeux d’habilis allèrent de ses mains au bâton puis du bâton vers ses mains....Lui aussi pourra désormais faire jaillir le sang, lui aussi pourra prendre la vie d’une autre créature; plus jamais il ne sera une proie! c’était il y a 1.8millions d’années, habilis et les siens auront écrit l’histoire de l’humanité durant 700 000 ans avant des céder la place à ergaster puis à érectus.

 

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Voilà des semaines qu’il errait chaque jour sur des distances considérables. Depuis cette tragédie qui décima son peuple, cette montagne qui grogna plusieurs fois avant d’anéantir son territoire, eréctus n’avait pas d’autre alternative que de se mettre en quête d’une nouvelle terre d’accueil. Il marchait d’un bon pas tout au long de la journée ne s’accordant que de courtes pauses pour boire ou cueillir des baies. Aujourd’hui encore il ne s’était pas ménagé et la fraîcheur du crépuscule commençant à se ressentir , il se mit en quête d’un abris. La forêt qui se dessinait au loin ferait sans doute l’affaire, à défaut d'un toit elle lui permettrait au moins de ne pas être une proie trop visible. Un vieux chêne lui proposa l’hospitalité. Adosser sur son tronc centenaire, erectus trop fourbu pour chasser, fouilla dans sa besace pour en sortir quelques fruits secs et des racines. Son régime alimentaire avait considérablement changé, plus question d’utiliser pour cuire sa viande ce que lui offrait jadis la montagne qui détruisit les siens. Erectus avait toujours eu conscience du danger de ce lac incandescant qui parfois prenait la vie des plus courageux qui ramenait cette lumière brûlante au campement. Ce lac qui avait encouragé un peuple de nomade à s’installer pour un temps prés de lui......Pour finalement les décimer. Depuis quelques minutes déjà, l’hominidé tuait le temps en jouant avec deux bouts de bois, il s’efforçait sans trop savoir pourquoi de graver le revers d’ un morceaux d’écorce au moyen d’un petit bâton bien plus rigide. Plus il s’activait et plus il sentait le bâton lui réchauffer les mains, cette sensation agréable le fit continuer de plus belle. Soudain de la fumée apparue et un petit morceaux d’écorce se détacha; erectus voulu le saisir mais se brûla et le relâcha aussitôt. Tout en portant son doigt vers ses lèvres, l’hominidé songeait à cette sensation de brûlure qu’il avait déjà ressenti lorsqu’il s’approchait du lac brûlant. Ses yeux s’illuminèrent et il comprit! Pour ce soir il était trop exténué, mais demain il le savait, cette lumière qui brûle lui obérait! C’était il y a 500 000 ans, érectus et les siens auront écrit l’histoire de l’humanité durant plus d’1 millions et demi d’années avant de céder la place aux néandertaliens puis à sapiens.

 

 

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Son énorme main calleuse glissa sur les yeux de sa compagne avec autant de douceur dont elle était capable. Désormais Neandertal était seul! Personne au fil des ans n'avait pu enrayer la malédiction qui frappa son clan. Les yeux remplis de larmes, Neandertal se souvenait...En plus des aléas habituel de la chasse, lui et les siens durent peu à peu faire face à la fièvre et aux maladies qui les emmenaient un à un vers le royaume des ombres. Puis bientôt ce fut le ventre des femmes qui ne grossissait plus et enfin ce nouveau clan d'hommes différents et hostiles envers les siens. Au début les néandertaliens se montrèrent curieux en allant à la rencontre de ces êtres qui leur ressemblaient tant ; mais ceux ci, les prenant sans doute pour des démons les chassèrent comme des bêtes ! S'ils avaient été plus nombreux, Neandertal et les siens n'auraient fait qu'une bouchée des ces créatures graciles et ridicules; mais en surnombre , ces derniers ajoutèrent une plaie de plus au clan des grands chasseurs. Il essuya ses larmes et reprit pied. Pour l'heure, il fallait qu'il s'occupe de celle qui durant des années avait tout partagé à ses cotés. Neandertal, sa bien aimée dans les bras, se dirigea vers le fond de la caverne où le mélange de terre et de sable lui permettrait de l'enterrer aisément. Sa lourde hache de silex à la main, il se mit à l'ouvrage pour préparer la dernière demeure de la défunte . Puis il alla chercher les colliers de coquillages qu'elle aimait tant et les disposa sur sa poitrine. Alors qu'il s’apprêtait à déposer la dernière des néandertaliennes au fond de sa tombe, le chasseur qu'il était perçu une menace. Laissant sa tâche à plus tard, il avança vers l'entrée de leur caverne et entendit cette fois clairement des cris s’élever par dessus le bruit du ressac. A l'ouest, il vit se dessiner sur le sable les contours de ce qui devait être une foule marchant à vive allure ! Les cris gagnaient en intensité, des cris de haines ! Neandertal serra sa hache très fort, presque soulagé. Il se retourna vers le fond de son antre où gisait sa compagne... Il ne pourra pas l’enterrer !C’était il y a 28000 ans les néandertaliens auront écrit l’histoire de l’humanité durant plus de 220000 ans avant de s'effacer définitivement pour laisser leur place aux Homo sapiens sapiens.

 

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Ses jambes lui faisaient mal et l'air qu'il respirait au travers de son masque lui brûlait les poumons. Mais Adam était bien décidé à poursuivre son chemin jusqu'en haut de cette falaise d'où il pourrait contempler l'immensité de l'océan. S'il n'avait jamais pu voir la mer de ces propres yeux, il en connaissait beaucoup à son sujet ; bien plus qu'un gamin de 10 ans n'aurait du en savoir. Depuis trois ans qu'il survivait seul, la lecture était son unique refuge. Il chargeait souvent sa besace de livres qu'il découvrait au hasard des villes abandonnées, des livres qui n’intéressaient plus personnes, d'ailleurs y avait il encore quelqu'un ? Cette pensée l'obsédait depuis quelques jours. Enfin il parvint en haut de la falaise et pu contempler le spectacle . Si l'océan n’était plus le bienfaiteur d'autrefois, il n'avait rien perdu de sa magnificence. Adam avait lu que jadis des enfants s'y baignaient, qu'on y voyait des oiseaux venir se nourrir et des crabes se cacher sous les rochers ; il avait aussi lu qu' avant de coloniser la terre ferme grâce aux arthropodes et autres arachnides, la vie avait vu le jour dans l'océan . Cette vie qui il y a peu avait accouché de l'humanité. A vrai dire tout cela n'avait plus vraiment de sens aujourd'hui car à moins d'être muni d'un masque filtrant ses effluves, notre berceau originel rejetait désormais les excès dont l'Homme l'avait saturés sous forme de méthane et de gaz nauséabonds. Adam s'assit et resta des heures à scruter l'horizon, des heures durant lesquelles il ne vit ni oiseaux, ni dauphins, ni aucun des animaux dont il admirait les photos dans ses livres. Et même lorsque la mer se retira, aucun crustacé ne sembla se réfugier sous un rocher où sous un des quelconques immondices parsemant le sable noir. L'océan était mort ! Et avec lui l'espoir de ses enfants. Alors le jeune garçon se leva, avec cette fois l'intime conviction qu'il était le dernier, Il songea à cette histoire qui il y a 40 000 ans n'avait pas si mal commencé mais qui il y a quelque siècles se changea en folie. Cette folie à laquelle il devait maintenant mettre un terme. Adam retira son masque et le jeta au sol, aussitôt sa vue se troubla et tout se mit à tourner autour de lui ; il ne percevait plus que la houle claquant contre la paroi rocheuse. Soudain le sol se déroba sous ses pieds et il fut précipité vers les abysses, là où tout commença... il y a 3 milliards et demi d'années.

 

40 à 50 000 ans! Voilà ce que pourrait être la durée du règne de Sapiens Sapiens si nous ne faisons rien.

Mais le plus grave, c'est qu'avant de disparaître, le dernier représentant des hominidés aura entrainé dans sa chute un nombre incalculable d'éspèces!

 

LB



24/02/2013
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